Table des matières
Dans les exploitations agricoles, des gaz dangereux peuvent se cacher dans les silos, les fosses à lisier, les cellules à grain et les bâtiments d'élevage. Ces structures offrent des espaces clos dans lesquels certains gaz peuvent s'accumuler et atteindre des concentrations dangereuses. Lorsqu'on les entasse dans un silo, les végétaux sont le siège d'un processus, la fermentation, qui en assure la conservation pendant une longue période. Or, ce processus épuise l'oxygène présent dans le silo et libère des sous-produits comme le gaz carbonique et le dioxyde d'azote. Dans les heures qui suivent le remplissage, le silo peut s'emplir d'une atmosphère qui est incompatible avec la vie humaine. Quant il est entreposé pendant longtemps, le fumier subit une décomposition anaérobie. Ce processus s'accompagne d'un dégagement de gaz appelés gaz de fumier. Le temps chaud et une ventilation insuffisante peuvent intensifier la production de ces gaz. Dans les fosses à lisier, l'atmosphère peut donc contenir des concentrations de gaz toxiques ou être dépourvue d'oxygène. L'agitation du contenu d'une fosse à lisier provoque également une libération rapide de gaz de fumier. Il s'est produit des explosions dans des espaces clos où on avait laissé le méthane s'accumuler. Les silos et les fosses à lisier contiennent diverses sortes de gaz. Ces gaz se rangent dans deux catégories : les gaz irritants et les gaz asphyxiants. Les gaz irritants causent une inflammation et une irritation des tissus de l'appareil respiratoire. Les gaz asphyxiants, quant à eux, remplacent l'oxygène de l'air (ce sont les gaz asphyxiants simples) ou entrent en réaction avec l'hémoglobine du sang (ce sont les gaz asphyxiants chimiques). La présente fiche technique traite des gaz dangereux que l'on peut trouver sur les fermes et décrit les mesures de sécurité que l'on peut prendre pour protéger les travailleurs agricoles contre ces tueurs sournois. Pour s'informer sur les problèmes de santé liés à la poussière respirable, le lecteur se reportera à la fiche technique n° 93-004, Conséquences de la qualité de l'air sur la santé des personnes qui travaillent dans des bâtiments d'élevage. Sulfure d'hydrogèneLe sulfure d'hydrogène (H2S) est le gaz de fumier le plus dangereux. On le classe parmi les gaz asphyxiants chimiques parce qu'il entre immédiatement en réaction chimique avec l'hémoglobine du sang, ce qui empêche le transport de l'oxygène jusqu'aux tissus et aux organes vitaux du corps. Il est produit par la décomposition anaérobie des matériaux organiques comme le fumier. À de faibles concentrations, c'est un gaz facile à détecter du fait de son odeur caractéristique d'oeuf pourri, mais à des concentrations élevées, il provoque la paralysie du nerf olfactif et donc la perte d'odorat. Une personne exposée au sulfure d'hydrogène peut donc avoir une fausse impression de sécurité. À forte concentration, le sulfure d'hydrogène cause instantanément la paralysie et la mort. Le tableau 1 montre l'effet du sulfure d'hydrogène à diverses concentrations. Comme ce gaz est plus lourd que l'air, il tend à stagner juste au-dessus de la surface. La libération de sulfure d'hydrogène est relativement faible quand le lisier n'est pas agité et que sa température est basse. Toutefois, dès qu'on agite le contenu d'une fosse, des concentrations dangereuses peuvent être rapidement atteintes. On doit redoubler de précautions quand on est en présence d'une fosse à lisier aménagée sous le plancher du bâtiment d'élevage (voir plus loin « Précautions à observer ? Fosses à lisier »). De nombreux travailleurs ont perdu la vie quand ils sont descendus dans une fosse à lisier ou sont entrés dans un local situé au-dessus d'une fosse en voulant porter secours à une autre personne qui avait perdu connaissance sous l'effet du sulfure d'hydrogène.
| Haut de la page | MéthaneLe méthane (CH4) est un gaz incolore et inodore. C'est le combustible qui est fabriqué par les digesteurs anaérobies. Étant plus léger que l'air, il tend à s'élever au-dessus de la fosse à lisier. Le méthane n'est pas toxique par lui-même et n'est guère susceptible de poser des problèmes dans les bâtiments d'élevage bien ventilés. Par contre, dans les fosses couvertes et dans les fosses situées dans les bâtiments sous les animaux, le méthane peut être captif et s'accumuler à une concentration pouvant atteindre des niveaux dangereux. En 1996, un agriculteur de l'Ontario, ayant terminé la distribution d'aliments du matin, était venu s'installer à son bureau pour griller une cigarette. Le bureau, le cabinet de toilette, la salle d'alimentation et le couloir adjacent avaient été construits au-dessus d'une fosse à lisier en béton située entre deux porcheries parallèles. La fosse était presque pleine et allait être vidangée sous peu. Or, la douche n'avait pas été utilisée depuis plusieurs années et, fort probablement, le siphon ne contenait plus d'eau et avait laissé le méthane se répandre dans le bureau depuis un certain temps. L'étincelle du briquet a enflammé le méthane qui s'était accumulé aux alentours du bureau, provoquant une explosion et un début d'incendie. L'agriculteur a eu la chance de s'en sortir avec quelques brûlures au deuxième degré sur les mains. | Haut de la page | AmmoniacL'ammoniac (NH3) est un gaz incolore qui a une odeur âcre caractéristique. Il est produit par la décomposition des fumiers animaux. Ce gaz est classé parmi les gaz irritants. Il est plus léger que l'air et peut causer des maladies respiratoires chez les animaux qui sont exposés à des concentrations importantes pendant de longues périodes. À des concentrations de 30-50 ppm, l'ammoniac irrite les yeux. Ce gaz est à surveiller surtout dans les porcheries et les poulaillers. En règle générale, si on note une irritation des yeux dans un bâtiment d'élevage, c'est qu'il est nécessaire d'en améliorer la ventilation. Gaz carboniqueLe gaz carbonique (CO2) est incolore et inodore. C'est un gaz qui est, en partie, produit par la respiration et qui existe naturellement dans l'atmosphère. Étant plus lourd que l'air, comme le sulfure d'hydrogène, il tend à s'amasser juste au-dessus de la surface du lisier dans une fosse, ou à la surface de l'ensilage dans un silo. Le principal danger créé par le gaz carbonique est l'appauvrissement de l'air en oxygène, ce qui peut entraîner l'asphyxie ou la suffocation. D'ordinaire, dans des bâtiments d'élevage bien ventilés, le CO2 n'atteint pas des concentrations dangereuses. Par contre, des concentrations mortelles peuvent se produire dans les silos hermétiques, les fosses à lisier et les silos à grain. Durant la première phase du processus de l'ensilage, les organismes végétaux vivants épuisent rapidement l'oxygène disponible et meurent. La respiration des végétaux transforme l'oxygène en eau et en CO2. Dans un silo hermétique, le CO2 se substitue à l'oxygène, créant une atmosphère où l'être humain ne peut survivre sans un apport d'air extérieur. | Haut de la page | Dioxyde d'azoteLe dioxyde d'azote (NO2) est un gaz asphyxiant chimique dangereux qui est produit par les réactions chimiques qui se déclenchent presque immédiatement après l'entassement des végétaux dans le silo. Même une exposition de courte durée peut provoquer rapidement la mort. Le dioxyde d'azote a une odeur caractéristique d'eau de Javel et peut être visible sous la forme d'un brouillard brun rougeâtre. Comme il est plus lourd que l'air, il tend à stagner juste au-dessus de l'ensilage. Il peut aussi descendre dans la chute du silo et se répandre dans la salle d'alimentation. Les conditions météorologiques et les pratiques culturales ont une incidence sur la teneur en nitrates des matières végétales, laquelle influe à son tour sur la production de NO2 dans le silo. Par exemple, lorsqu'une pluie abondante succède à une période de sécheresse pendant la saison de croissance, le maïs sur pied a tendance à absorber de fortes quantités de nitrates dissous. Si le maïs est récolté avant qu'il ait pu transformer les nitrates en protéines, l'ensilage dégage de l'oxyde nitreux (N2O) et de l'oxyde nitrique (NO). Le NO instable se combine avec l'oxygène pour former du dioxyde d'azote mortel. Quand il est inhalé, le NO2 se dissout au contact de l'humidité de la surface interne du poumon et produit un acide puissant appelé acide nitrique. L'acide nitrique brûle les tissus des poumons, provoquant une hémorragie massive et la mort. Une exposition répétée à des concentrations faibles de NO2 cause des problèmes respiratoires chroniques, dont l'essoufflement, la toux et l'oedème des poumons. | Haut de la page | Concentrations de gaz inoffensivesL'American Conference of Government Industrial Hygienists a établi les concentrations maximales de gaz auxquelles l'être humain peut être exposé, sans inconvénient pour la santé, pendant huit heures par jour et 40 heures par semaine (tableau 2). Des limites de ce genre n'ont pas été fixées pour les animaux, mais bien des chercheurs pensent que les animaux réagissent aux gaz de la même façon que les humains.
Précautions à observer ? Fosses à lisier
Précautions à observer ? Silos
Figure 1. Adapteur suggéré pour ventilation avec distributeurs rotatifs Figure 2. Adapteur suggéré pour ventilation avec distributeurs à ailettes
Texte équivalent pour Figure 2. | Haut de la page | ConclusionIl ne faut jamais supposer que l'atmosphère d'un silo ou d'une fosse à lisier est inoffensive. Sous aucun prétexte et en aucune circonstance, on ne doit entrer dans une fosse à lisier ou dans un silo qu'on vient de remplir sans s'être équipé d'un appareil de respiration à adduction d'air à pression positive intermittente. Dans ces espaces, les concentrations de gaz sont souvent dangereuses, voire mortelles. Ne jamais y pénétrer sans être relié à l'extérieur par un harnais de sécurité et sans bénéficier de la surveillance constante d'une personne compétente. Appliquer les précautions indiquées dans la présente fiche technique et placer des écriteaux de mise en garde bien en vue pour avertir les autres de se tenir à l'écart. | Haut de la page | RemerciementsL'auteur tient à remercier le Dr Thomas Wilson, coroner pour la région du Sud-Ouest, Ron Jones et Ted Whitworth de l'Association pour la sécurité à la ferme inc., Helmut Spieser, Frank Kains et Steve Clarke du MAAO, qui ont assuré la révision de la présente fiche technique. Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique. | Haut de la page | pour plus de renseignements: |

